Les plus belles technologies ne suffiront pas à renverser le désenchantement du monde. Une double mutation intérieure, spirituelle, est nécessaire :

Se relier à notre Âme et retrouver notre souveraineté intérieure. Renoncer à nous laisser dominer par les diktats du consumérisme.

Se relier à l’Âme du Monde et retrouver un lien de coopération amicale avec la nature. Renoncer à dominer la Terre.

Voici quelques-unes des ouvertures vers une conscience élargie, de soi et du Monde.  Des passerelles vers le réenchantement du monde…

La voile de la pirogue

CG JUNG a identifié quatre modes complémentaires d’être en relation consciente à notre environnement (interne ou externe).

Sur un axe rationnel, c’est-à-dire basé sur une évaluation :

  • La fonction Pensée identifie et nomme.
  • La fonction Sentiment donne une appréciation de valeur.

Le Sentiment relève du cerveau limbique,  vieux de 80 000 000 ans.
La Pensée relève du cortex, le cerveau le plus récent dans l’évolution humaine, jeune de 100 000 ans.

La Pensée (classer, nommer, mesurer) est sur-stimulée par notre culture cartésienne et scientifique. Le Sentiment sur-réagit par des jugements de valeur émotionnels qui font les beaux jours de réseaux sociaux. 

Sur un axe irrationnelc’est-à-dire basé sur une perception immédiate, deux modes qui relèvent du cerveau reptilien — le plus primitif,  qui remonte à 500 000 000 ans. 

  • La fonction Sensation perçoit l’existence de la chose.
  • La fonction Intuition en anticipe le potentiel.

Parce qu’elles sont plus archaïques, la Sensation  et l’Intuition plongent plus naturellement dans nos profondeurs, nous ouvrent la porte du monde autre.
Parce qu’elles sont irrationnelles, elles sont laissées pour compte et dévalorisées. 

Chaque personne développe un rapport privilégié avec l’une des quatre fonctions, qui devient son mode  principal, tandis que la fonction opposée devient son mode inférieur, c’est-à-dire qui échappe à son contrôle. Les deux autres sont auxiliaires.

La fonction inférieure ne se laisse pas aborder de manière frontale mais se laisse apprivoiser. Étant la plus branchée sur l’inconscient, elle est aussi celle qui permettra la plongée dans les profondeurs. Plus on apprend à se brancher sur elle, plus on entre en relation avec ce qui sort de notre champ de conscience.

Dans notre voyage vers les profondeurs, on peut se représenter ces quatre fonctions comme une pirogue à balanciers : les fonctions auxiliaires sont les flotteurs, la fonction principale est le gouvernail, et la fonction inférieure est la voile, celle par laquelle s’amplifie notre conscience.

 

La porte des sens externes

Dans l’ordre d’apparition des 5 sens — chez l’espèce humaine (phylogénétique) ou chez l’individu (ontogénétique) — le toucher est le sens le plus ancien. Puis sont apparus le goût, l’odorat, l’ouïe, et seulement enfin la vue.

À contre-sens de la tendance culturelle de la modernité, qui privilégie le sens le plus récent,  le moins propice à nous connecter au monde des profondeurs.

Ressentir les situations à travers tous nos sens  élargit notre conscience.

Toucher la terre
Goûter la terre
Humer la terre
Écouter la terre

Toucher la vie
Goûter la vie
Humer la vie
Écouter la vie

La porte des sensations internes

Je pète la forme.
Je me sens à plat. 

Le corps parle. Il métabolise nos expériences. Il exprime nos émotions.
Il manifeste notre réponse, confiante, stressée ou tétanisée, aux circonstances.

Élargir notre conscience psychosensorielle.
Devenir attentif à notre proprioception (orientation, équilibre, mouvement).
Reconnaître nos sensations internes (frémissements, température, tensions, rythme cardiaque, etc).
Endurer ces manifestations physiologiques qui  expriment nos émotions ,parfois intenses.
Nous laisser surprendre par ces réactions corporelles, même quand elles contredisent nos croyances sur nous-mêmes.

Le corps ne se trompe pas. Lui faire confiance, c’est renforcer sa confiance en soi.
Et s’orienter de manière plus affinée, plus authentique, dans le monde.

La porte du supra-sensible

Il est des sensations plus fugaces que les sensations internes psychosensorielles. Plus subtiles aussi. Des sensations d’ordre vibratoire. Le langage courant les traduit par la petite voix, l’intuition, l’instinct, le flash, la sensation viscérale (le « gut feeling ») , le 6° sens.

L’intuition, c’est irrationnel. L’âme s’exprime par le corps. Une plongée immédiate dans les profondeurs. Elle est la portée de tous, mais elle requiert de devenir attentif à ces subtils signaux qui passent dans le corps. Einstein la définissait comme une sensation au bout des doigts.

Soudain, on a la prescience de l’image complète du puzzle alors même que les pièces n’ont pas été rassemblées ni ordonnées. On ressent, en une micro-seconde, dans le corps une mobilisation, une clarté, une harmonie, une paix, une évidence. Et on sait, on le sent, sans pouvoir l’expliquer.

Un bond se produit dans la conscience, et la solution vient à vous, et vous ne savez ni comment, ni pourquoi.
Albert EINSTEIN

La porte du silence

Se poser. Se centrer. S’ancrer.
Les pieds, ou genoux, enracinés dans le sol.
La colonne vertébrale ancrée dans le bassin, la nuque légère, la fontanelle reliée au ciel.
La respiration entre et sort, inspir, expir.
Les pensées passent.

Se taire.
Ecouter.
Entendre.

L’air qui entre, les viscères qui gargouillent, le cœur qui bat dans les tempes.
La maison qui craque, la tuyauterie qui glougloute, une porte qui claque.
Un klaxon, un pépiement, un cri d’enfant.

Le silence.
Épais, dense, vivant.
Sentir sa présence.
Sa qualité.

Le vide du trou noir, mortifère angoissant
Le vide du neuf à naître, qui ouvre sur la vie.

La porte du temps

Notre société privilégie le temps linéaire. Accéléré. (F)utile.
Tout, tout de suite. L’urgence et le court-terme.
L’impulsivité et le passage à l’acte. Le stress et le burn-out.
Court-circuit de la vie intérieure et des émotions.

Habiter le monde en poète, c’est aussi redécouvrir le temps.
Circulaire. Étiré.
L’éternité dans l’instant.

Suspendre le temps.
Suspendre l’action.
Suspendre le jugement.
Lâcher- prise.

Festina lente. Hâte-toi lentement.

Adage latin