Les plus belles technologies ne suffiront pas à renverser le désenchantement du monde. Une double mutation intérieure, spirituelle, est nécessaire :

– Se relier à son Âme et retrouver sa souveraineté intérieure. Renoncer à se laisser dominer par les diktats du collectif.
– Se relier à l’Âme du Monde et retrouver un lien de coopération amicale avec la nature. Renoncer à dominer la Terre.

Voici quelques-unes des portes vers une conscience élargie, de soi et du Monde. Des passerelles vers le réenchantement du monde…

La porte du rituel

Tout rituel honore un passage.
Les marins baptisent les bateaux avant de prendre la mer.
Les montagnards édifient un cairn au passage du col.
Nous frappons à la porte de notre voisin avant d’entrer chez lui.

Un rituel n’est ni un produit de consommation ni un floklore ni une pratique magique.
Il souligne le caractère sacré ou symbolique d’une rencontre, d’une traversée.
Il remet de la conscience dans certaines activités, les élève au-delà du quotidien.
Il suspend la frénésie, balise cadrer la rencontre dans le temps et l’espace

Plus le rituel est simple et intuitif, plus il est juste.
Enlever ses chaussures. Eteindre son smartphone. S’incliner.
Dresser un autel. Allumer une bougie. Fumiger.
Chanter. Faire résonner un gong. Échanger un regard ou un geste.

L’essentiel est la conscience mise dans la rencontre. Et l’intention qu’on lui donne.

La porte de l’Intention-qui-a-du-coeur

Le Monde imaginal est un monde sacré. S’y ouvrir requiert une intention sincère, une intention qui vient du coeur.

Clarifier son intention, c’est s’engager envers soi-même, prendre au sérieux le désir qui nous anime.
L’intention profonde est la balise adressée au monde imaginal.
Elle exprime un cap, ce vers quoi on tend, un désir profond dépouillé de toute exigence.
Elle contient à la fois l’état désiré et l’acceptation que l’avancée se fasse pas à pas.

De la qualité de l’intention dépend la qualité de la réponse reçue en retour du monde imaginal.
L’intention sincère est ferme mais non rigide.
La fermeté porte sur la clarté du désir, comme le cap sur une boussole.
Le lâcher-prise porte sur les étapes, détours, obstacles et retards, les leçons du chemin.

Pour rester vivante, l’Intention se formule comme une interrogation
Qu’est-ce qui me tient éveillé la nuit ?
Comment me rapprocher de mon état désiré ? 

C‘est alors qu’une réponse peut venir du Monde Sacré.

La porte du silence

Se poser. Se centrer. S’ancrer.
Les pieds, ou genoux, enracinés dans le sol.
La colonne vertébrale ancrée dans le bassin, la nuque légère, la fontanelle reliée au ciel.
La respiration entre et sort, inspir, expir.
Les pensées passent.

Se taire. Écouter. Entendre.
L’air qui entre, les viscères qui gargouillent, le cœur qui bat dans les tempes.
La maison qui craque, la tuyauterie qui glougloute, une porte qui claque.
Un klaxon, un pépiement, un cri d’enfant.

Le vide du trou noir, mortifère angoissant
Le vide du neuf à naître, qui ouvre sur la vie.

Patience, patience,
Patience dans l’azur !
Chaque atome de silence
Est la chance d’un fruit mûr !

Paul VALERY

La porte du temps

Habiter le monde en poète, c’est aussi redécouvrir le temps.
Circulaire. Étiré. L’éternité dans l’instant.

Suspendre le temps.
Suspendre l’action.
Suspendre le jugement.
Lâcher- prise.

Notre société privilégie le temps linéaire. Maîtriser le futur. Du passé faire « table rase ».
D’autres sociétés, comme celle des Indiens Kogis de Colombie, perçoivent le temps comme cyclique.
Le futur est derrière eux, puisqu’inconnu. Le passé est devant eux, il est leur mémoire vivante, le terreau de leur devenir.

Notre société privilégie le temps accéléré. L’urgence et le court-terme. Le temps f-utile.
Impulsivité et passage à l’acte. Stress et burn-out. Court-circuit de la vie intérieure et des émotions.
D’autres sociétés privilégient la lenteur, le temps de la maturation.

Le monde imaginaire, le monde de l’inconscient créateur, ignore le temps.
La physique quantique confirme qu’il existe un « au-delà » de l’espace-temps.
Elle observe aussi que le futur existe déjà et influencent le présent.
Voilà qui brouille nos références temporelles.

Festina lente. Hâte-toi lentement.
Adage latin

La porte des sens externes

Dans l’ordre d’apparition des 5 sens — chez l’espèce humaine (phylogénétique) ou chez l’individu (ontogénétique) — le toucher est le sens le plus ancien. Puis sont apparus le goût, l’odorat, l’ouïe, et seulement enfin la vue.

À contre-sens de la tendance culturelle de la modernité, qui privilégie le sens le plus récent,  le moins propice à nous connecter au monde des profondeurs.

Ressentir les situations à travers tous nos sens  élargit notre conscience.

Toucher la terre. Goûter la terre. Humer la terre. Écouter la terre.
Toucher la vie. Goûter la vie. Humer la vie. Écouter la vie.

La Terre. La Vie.

La porte des sensations internes

Le corps parle. Il métabolise nos expériences. Il exprime nos émotions.
Il manifeste notre réponse, confiante, stressée ou tétanisée, aux circonstances.

Je pète la forme.
Je me sens à plat. 

Notre corps nous invite à :

Élargir notre conscience psychosensorielle.
Devenir attentif à notre proprioception (orientation, équilibre, mouvement).
Reconnaître nos sensations internes (frémissements, température, tensions, rythme cardiaque, etc).
Endurer ces manifestations physiologiques qui  expriment nos émotions ,parfois intenses.
Nous laisser surprendre par ces réactions corporelles, même quand elles contredisent nos croyances sur nous-mêmes.

Le corps ne se trompe pas. Lui faire confiance, c’est renforcer sa confiance en soi.
Et s’orienter de manière plus affinée, plus authentique, dans le monde.

La porte du supra-sensible

Il est des sensations plus fugaces que les sensations internes psychosensorielles. Plus subtiles aussi. Des sensations d’ordre vibratoire. Le langage courant les traduit par la petite voix, l’intuition, l’instinct, le flash, la sensation viscérale (le « gut feeling ») , le 6° sens.

L’intuition, c’est irrationnel. L’âme s’exprime par le corps. Une plongée immédiate dans les profondeurs. Elle est la portée de tous, mais elle requiert de devenir attentif à ces subtils signaux qui passent dans le corps. Einstein la définissait comme une sensation au bout des doigts.

Soudain, on a la prescience de l’image complète du puzzle alors même que les pièces n’ont pas été rassemblées ni ordonnées. On ressent, en une micro-seconde, dans le corps une mobilisation, une clarté, une harmonie, une paix, une évidence. Et on sait, on le sent, sans pouvoir l’expliquer.

Un bond se produit dans la conscience, et la solution vient à vous, et vous ne savez ni comment, ni pourquoi.
Albert EINSTEIN

La voile de la pirogue

CG JUNG a identifié quatre modes complémentaires d’être en relation consciente à notre environnement (interne ou externe).

Sur un axe rationnel, c’est-à-dire basé sur une évaluation :

  • La fonction Pensée identifie et nomme.
  • La fonction Sentiment donne une appréciation de valeur.

Le Sentiment relève du cerveau limbique,  vieux de 80 000 000 ans.
La Pensée relève du cortex, le cerveau le plus récent dans l’évolution humaine, jeune de 100 000 ans.

La Pensée (classer, nommer, mesurer) est sur-stimulée par notre culture cartésienne et scientifique. Le Sentiment sur-réagit par des jugements de valeur émotionnels qui font les beaux jours de réseaux sociaux. 

Sur un axe irrationnelc’est-à-dire basé sur une perception immédiate, deux modes qui relèvent du cerveau reptilien — le plus primitif,  qui remonte à 500 000 000 ans. 

  • La fonction Sensation perçoit l’existence de la chose.
  • La fonction Intuition en anticipe le potentiel.

Parce qu’elles sont plus archaïques, la Sensation  et l’Intuition plongent plus naturellement dans nos profondeurs, nous ouvrent la porte du monde autre.
Parce qu’elles sont irrationnelles, elles sont laissées pour compte et dévalorisées. 

Chaque personne développe un rapport privilégié avec l’une des quatre fonctions, qui devient son mode  principal, tandis que la fonction opposée devient son mode inférieur, c’est-à-dire qui échappe à son contrôle. Les deux autres sont auxiliaires.

La fonction inférieure ne se laisse pas aborder de manière frontale mais se laisse apprivoiser. Étant la plus branchée sur l’inconscient, elle est aussi celle qui permettra la plongée dans les profondeurs. Plus on apprend à se brancher sur elle, plus on entre en relation avec ce qui sort de notre champ de conscience.

Dans notre voyage vers les profondeurs, on peut se représenter ces quatre fonctions comme une pirogue à balanciers : les fonctions auxiliaires sont les flotteurs, la fonction principale est le gouvernail, et la fonction inférieure est la voile, celle par laquelle s’amplifie notre conscience.