Le destin de notre époque, caractérisée par la rationalisation, par l’intellectualisation et surtout par le désenchantement du monde, a conduit les humains à bannir les valeurs suprêmes les plus sublimes de la vie publique.

Max WEBER

La pensée des « Temps Modernes » (Descartes, Galilée, Newton) a consacré la suprématie du rationalisme et du cerveau gauche (pensée et analyse). Elle a dévalorisé le cerveau droit (intuition et sensibilité), disqualifié notre rapport au sacré, aux mythes et aux images et conduit au dessèchement de l’âme.

Aujourd’hui, notre civilisation post-moderne souffre d’illusion de toute-puissance. L’homme se croit le centre du monde. Cette démesure, l’antiquité grecque l’appelait l’hubris, l’orgueil insolant des mortels qui appelait une punition de la part des dieux immortels.

La société post-moderne techno-scientifique

À mesure que la connaissance scientifique progressait, le monde s’est déshumanisé. L’homme se sent isolé dans le cosmos, car il n’est plus engagé dans la nature et a perdu sa participation affective inconsciente avec ses phénomènes. Et les phénomènes naturels ont lentement perdu leurs implications symboliques. Le tonnerre n’est plus la voix irritée d’un dieu, ni l’éclair son projectile vengeur. La rivière n’abrite plus d’esprits, l’arbre n’est plus le principe de vie d’un homme, et les cavernes ne sont plus habitées par des démons.

Les pierres, les plantes, les animaux ne parlent plus à l’homme, et l’homme ne s’adresse plus à eux en croyant qu’ils peuvent l’entendre. Son contact avec la nature a été rompu, et avec lui a disparu l’énergie affective profonde qu’engendraient ces relations symboliques… Notre vie présente est dominée par la déesse Raison qui est notre illusion la plus grande et la plus tragique.

CG JUNG

L’homme mutilé

Les manifestations de ce dessèchement au 21°s sont multiples : réduction de l’homme à une machine ou une puce (trans-humanisme) ; prévalence de l’« intelligence » artificielle (superficielle ?) sur le « bon sens » et l’intelligence intuitive et sensible ; rejet du sacré et des rituels ; montées des peurs, des violences et des décompensations psychiques ; estompement de l’éthique et distorsions cognitives.

La planète mutilée

Le prix de cet hubris est l’hyperconsumérisme, l’exploitation intensive de la terre et de l’humain,  et le burnout de l’une de de l’autre. Nous consommons plus que ce que la planète peut produire, épuisons ses ressources, l’étouffons de nos déchets et déséquilibrons les écosystèmes (forêts, océans, climat). S’ensuivent les cataclysmes, l’extinction des espèces, les contaminations du monde animal (zoonoses),  et les migrations incontrôlables.

Cercles vicieux

Les souffrances de la postmodernité sont multiples :

  • Un sentiment de détresse, durable ou transitoire affecte les individus ayant pris conscience de la détérioration de notre biosphère et de l’absence d’alternatives (il n’y a pas de planète B). C’est la « solastalgie », la nostalgie mélancolique qu’un individu ressent en perdant le foyer aimé. Ses manifestations sont diverses, telles l’hésitation à fonder une famille, etc.
  • Un effet miroir entre la planète et ses habitants. Nos pathologies psychosomatiques (troubles respiratoires, digestifs, immunitaires, dégénératifs, du sommeil) reflètent et expriment les étouffements de la vie naturelle (pollution, urbanisation galopante, industrialisation à outrance, etc)

Notre perte de reliance avec le monde naturel nourrit notre névrose collective contemporaine et conduit à toujours plus de détérioration de nos écosystèmes et de nos psychismes.

Traumatismes psycho-corporels

Ainsi, ces personnes sont incapables d’imaginer un futur différent de leur passé. Leurs images organisatrices internes sont ‘coincées’. Par conséquent, elles sont incapables d’envisager et de manifester des rêves, et de participer à la création de la riche tapisserie humaine.
Dr Peter A. LEVINE, PhD
Somatic Experiencing

Les traumas chroniques de l’enfance (rejet, abandon, humiliation, trahison, refus de l’authenticité) génèrent des peurs primitives de perte du lien d’attachement et déclenchent des stratégies infantiles (« archaïques ») pour éviter de ressentir ces peurs, trop puissantes pour un système nerveux encore fragile.

Ces stratégies prennent la forme de croyances, d’identifications à un « faux self », de comportements bas sur la honte et au contraire la fierté. La détérioration des conditions du vivre-ensemble dans le monde post-moderne conduisent à les entretenir à l’âge adulte.

Or, si elles aident à survivre dans l’enfance, à la maturité ces stratégies de survie bloquent la plénitude d’existence. Elles affectent :

  • le système immunitaire (dérégulation du système nerveux végétatif, figements)
  • le vécu émotionnel (coupures ou débordements, d’une ou  plusieurs émotions)
  • le système musculaire (raidissement ou flascitude de certains muscles)
  • l’aptitude à être authentiquement présent dans la relation
  • l’élan vital d’actualisation de son potentiel vital
  • la capacité à se relier pleinement à son âme et à l’âme du monde.