♻️ Écologie profonde2018-10-22T16:32:22+09:00

La Terre est en burnout. Érosion des sols, raréfaction de l’air sain et de l’eau potable, disparition des espèces, étouffement des océans. Dérèglements.

Les humains sont en burnout. Stress, dépression, anxiété, mal-être, insomnies, allergies, réactions psychosomatiques. Sensation de vide.

Notre planète a mal, et nous aussi… Aucun rapport, vraiment ?

Écopsychologie

La dépression que nous essayons tous d’éviter pourrait très bien être une réaction chronique prolongée à ce que nous avons fait au monde, un deuil et une peine pour ce que nous faisons à la nature et aux villes et aux peuples entiers — la destruction d’une grande partie de notre monde. Nous pouvons en partie être déprimés parce que c’est la réaction de l’âme au deuil et à la peine que nous ne vivons pas consciemment (…)
Peut-être que la manière de commencer la révolution est d’assumer votre dépression.
James HILLMAN

L’écologie profonde — ou écopsychologie — désigne l’étude des relations psychologiques que nous entretenons avec la Nature (expériences, perceptions, émotions, croyances et valeurs) et des comportements qui en découlent : de la domination et la prédation à la coopération et l’interdépendance.

L’expression renvoie à l’hypothèse que nous aurions un inconscient écologique, auquel nous sommes invités à nous relier : cette reconnection nous permet d’élargir nos perceptions et le cadre perceptif, relationnel et éthique de notre environnement, et nous invite à une relation plus intégrée et plus vivante avec la Terre. On observe en tout cas qu’un nombre croissant de personnes développent un sens aigu de leur responsabilité envers les ressources planétaires à la suite d’un élargissement de leur champ de conscience.

Les implications de l’écologie profonde vont plus loin : elles font ressortir l’interdépendance entre la santé de la planète et celle des hommes. À côté d’autres lectures biologiques, personnelles, familiales ou transgénérationnelles, nombre de nos pathologies physiques et psychiques peuvent aussi être envisagées comme des symptômes de notre déracinement de la vie naturelle et de son pouvoir ressourçant : urbanisation galopante, industrialisation à outrance, technologies invasives.

Cercle vicieux, cette névrose collective contemporaine conduit à toujours plus de détérioration de notre planète, avec des conséquences de plus en plus incontrôlables. Rétablir une spirale vertueuse passe par un chemin de retrouvailles avec la Nature.

Guérir ensemble

Cette Terre est notre seule maison. Si nous voulons survivre, sinon trouver le bonheur, nous devons rentrer chez nous.
Larry ROBINSON

La Pachamama, la Terre-mère des anciennes traditions andines, est en détresse.  Nous l’avons délaissée, avons cessé de la regarder.

Nombre d’entre nous semblent avoir oublié que la Terre est notre premier berceau. Les comportements minimalistes et les diktats (trier ses déchets, recycler ses piles, supprimer les pesticides), s’ils sont nécessaires, ne seront pas suffisants. Le consumérisme ne sera pas réglé par les gouvernements. La guérison, la nôtre et celle de la Terre, passe par les retrouvailles.

Peut-être notre plus grande tâche sera-t-elle de regarder en face les habitudes et peurs qui nous gardent attachés aux choses que nous voulons changer. Voici venu le temps de désapprendre…

Du temps passé avec la Nature, sans les béquilles de nos appareils connectés, smartphone, montre, caméra…

Entrer en elle et la laisser entrer en nous. Renoncer à la transformer et accepter de nous laisser transformer par elle. Retrouver le chemin de nos instincts et nos perceptions, nous laisser toucher par les végétaux, les oiseaux, les insectes, le ciel étoilé et les orages…

En revenir avec de nouvelles perceptions, de nouvelles émotions, de nouvelles idées, une nouvelle conscience …et un engagement renouvelé à agir de manière responsable envers la planète.

Thérapies en godasses

C’est le vrai monde, le mystère, où il n’y a pas de maîtres, pas d’écoles, pas de questions sans réponse, où l’on est, sans rien demander.
Carl Gustav JUNG

Medicus curat, natura sanat.
Le thérapeute soigne, la nature guérit.

La nature regorge de ressources guérissantes :
Elle nous renvoie en miroir nos interrogations, nos ombres et nos pistes de sortie d’ornière
Elle réveille notre nature instinctive, notre potentiel intuitif, notre sensibilité.
Elle stimule notre système nerveux parasympathique ventral, celui qui met en veilleuse le contrôle mental et les réflexes agressifs/défensifs (hormones de stress et d’anxiété) et active les paramètres biochimiques de bien-être et de communication.

Les modalités pour en bénéficier sont infinies :
Un entretien thérapeutique en marchant
Un temps méditatif sous un arbre
Une retraite au coeur de la nature
Un bain de forêt
Une psycho-randonnée…
Quel plus beau cadre thérapeutique qu’un chemin forestier, une averse qui rince, un gué à franchir, un coucher de soleil ?

Bio-leadership

Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve
Friedrich HÖLDERLIN

La nature est le meilleur des coaches.
Andres ROBERTS

La paternité de l’expression Bio-leadership revient à Andres ROBERTS (2016), consultant organisationnel et facilitateur de quêtes de vision dans la nature sauvage. L’intention du Bio-leadership est d’accompagner la transition du paradigme épuisé de maximisation du profit à court terme et de compétitivité, vers le paradigme émergeant d’optimisation des ressources à long terme  et de coopération. 
www.bio-leadership.org
https://andresroberts.com

Cette approche, une attitude plus qu’un programme, part du constat que lorsque nous sommes mieux reliés à la grande nature,  nous sommes aussi plus reliés  à notre imaginaire et notre part sauvage. Elle s’adresse aux responsables d’entreprise et leurs équipes, désireux d’inscrire leurs objectifs et leurs pratiques dans le cadre plus large de la réhabilitation de la Nature, et leur propose de les accompagner dans leur formulation de propositions d’interventions qui soient mieux ancrées dans les valeurs qu’appelle notre monde en transition.  

Soudain certaines choses donnent la vie et d’autres donnent la mort. C’est ainsi que se produit le changement de la pensée financière axée sur les résultats, à travers les symptômes. Il se produit à travers le poison.
James HILLMAN

On a besoin de cela. De faire travailler notre imaginaire, de ressentir les choses et pas seulement de les réfléchir. On a besoin d’être au contact de la beauté, de choses qui nous inspirent.
Cyril DION

Le Bio-leadership s’appuie tant sur la puissance ressourçante de la Nature que sur les modèles les plus récents de transformation radicale, tels la Theory U :  Leading from the Future as it Emerges (Otto Scharmer, MIT).

Coup de gueule…

Je dédie ce post à mes enfants et à tous les enfants de la terre. Puissent-ils avoir la clairvoyance et le courage que nous n’avons pas eus (et je ne leur demande pas de nous pardonner).
Fred VARGAS, Archéologue et écrivaine

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.

Certes. Mais nous y sommes. À la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille) récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés)

S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. À condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.

À ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. À ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas (2018)