♻️ Écopsychologie2019-11-11T13:36:24+01:00

La Terre est en burnout. Les humains sont en burnout. Aucun rapport, vraiment?

Entre la planète et les hommes, il existe une interconnexion profonde.
Une intime résonance entre les blessures anthropologiques de l’humanité et les blessures physiques de la planète.

L’écologie a besoin de la psychologie, et la psychologie a besoin de l’écologie.

Écologie profonde

« Par moments, je suis comme répandu dans le paysage et dans les choses et je vis moi-même dans chaque arbre, dans le clapotis des vagues, dans les nuages, dans les animaux qui vont et viennent et dans les objets. »
Carl Gustav JUNG

La Terre est notre seule maison. Si nous voulons survivre, sinon trouver le bonheur, nous devons rentrer chez nous.
Larry ROBINSON

L’écologie profonde se différencie d’une écologie de surface qui se résumerait à la recherche de réponses urgentes aux écroulements en cours, dans une logique de simple interdépendance fonctionnelle. Elle invite à se placer plutôt au niveau du questionnement, à s’interroger sur les conséquences mortifères de nos modes de vie, dans une perspective de réalisation de soi.

Peut-être notre plus grande tâche sera-t-elle de regarder en face les habitudes et peurs qui nous gardent attachés aux choses que nous voulons changer. Voici venu le temps de désapprendre… 

L’écologie profonde propose un renversement de la hiérarchie du vivant : remettre la nature et non pas l’homme au centre. L’humain n’est qu’une partie du système global qu’est la nature. C’est un passage au plan de l’être et du sens sacré de la vie.

La Terre est notre premier berceau, notre « Terre mère », la Pachamama comme la nomment affectueusement les peuples  Andins. On retrouve là la relation sacrée à la nature des peuples premiers et des traditions shamaniques, mais aussi, plus près de nous, du Romantisme allemand (Goethe, Schiller).

L’âme de la Terre

À mesure que la connaissance scientifique progressait, le monde s’est déshumanisé. L’homme se sent isolé dans le cosmos, car il n’est plus engagé dans la nature et a perdu sa participation affective inconsciente avec ses phénomènes. Et les phénomènes naturels ont lentement perdu leurs implications symboliques.

Le tonnerre n’est plus la voix irritée d’un dieu, ni l’éclair son projectile vengeur. La rivière n’abrite plus d’esprits, l’arbre n’est plus le principe de vie d’un homme, et les cavernes ne sont plus habitées par des démons. Les pierres, les plantes, les animaux ne parlent plus à l’homme, et l’homme ne s’adresse plus à eux en croyant qu’ils peuvent l’entendre. Son contact avec la nature a été rompu, et avec lui a disparu l’énergie affective profonde qu’engendraient ces relations symboliques… Notre vie présente est dominée par la déesse Raison qui est notre illusion la plus grande et la plus tragique.
Carl Gustav JUNG

Allons plus loin. Et si le Cosmos avait une âme, une empreinte vivante ? Que certains désignent par l’inconscient écologique.
Et si Gaia (la  déesse de la Terre) parlait à travers notre psyché, et que nous ayons désappris à nous mettre à son écoute?

En réalité on observe, chez des personnes de plus en plus nombreuses — à une fréquence qui s’accélère avec les détériorations de la planète, et souvent à l’issue d’une crise de solastalgie— un élargissement de leur champ de conscience, réveillant en eux un rapport empathique avec le monde naturel, un sens naturel de la réciprocité environnementale, et une perception aiguisée de leur responsabilité envers les ressources planétaires.

Plus que jamais, nous sommes appelés à…

Passer du temps avec la Nature, sans nos appareils connectés, smartphone, montre, caméra…
Renoncer à la transformer et accepter de nous laisser transformer par elle.
Entrer en elle et la laisser entrer en nous.
Retrouver le chemin de nos instincts et nos perceptions..
Nous laisser toucher par les végétaux, les oiseaux, les insectes, le ciel étoilé et les orages…
Et en revenir avec une conscience renouvelée, élargie, et un engagement écologique qui ne doit plus rien à la peur mais à l’amour !

Guérir ensemble

La dépression que nous essayons tous d’éviter pourrait très bien être une réaction chronique prolongée à ce que nous avons fait au monde, un deuil et une peine pour ce que nous faisons à la nature et aux villes et aux peuples entiers — la destruction d’une grande partie de notre monde.
Nous pouvons en partie être déprimés parce que c’est la réaction de l’âme au deuil et à la peine que nous ne vivons pas consciemment (…)
Peut-être que la manière de commencer la révolution est d’assumer votre dépression.

James HILLMAN

Le terme solastalgie —de l’anglais «solace (réconfort) et du suffixe algie (douleur)— fait ressortir le sentiment de détresse, durable ou transitoire, qui affecte les individus ayant pris conscience de la détérioration de notre biosphère et de l’absence d’alternatives (il n’y a pas de planète B). Cela ressemble à la nostalgie ou à la mélancolie qu’un individu ressent en perdant le foyer aimé.

Ses manifestations sont diverses (anxiété, angoisse, dépression, irritation, insomnie, etc), de même  que ses déclencheurs, qui varient en fonction des enjeux de la biosphère qui affectent les individus.
Par exemple : ressentir de la tristesse en pensant aux animaux marins qui meurent étouffés par les déchets plastiques, de l’inquiétude face aux canicules qui se multiplient, une hésitation à fonder une famille en raison de l’avenir planétaire incertain, etc.

L’écothérapie, champ clinique en émergence, propose de nouvelles clefs de lecture pour aborder les souffrances de la postmodernité.  Elle suggère un effet miroir, des processus parallèles, entre la planète et ses habitants. Écouter la souffrance humaine sous l’angle de l’épuisement de la biosphère permet d’élargir le champ des hypothèses diagnostiques, au-delà des dynamiques intrapsychiques, intrafamiliales ou transgénérationnelles  :

  • Et si nos pathologies psychosomatiques (troubles respiratoires, digestifs, immunitaires, dégénératifs, du sommeil) manifestaient notre déracinement de la vie naturelle (urbanisation galopante, industrialisation à outrance, technologies invasives, consumérisme) ?
  • Et si, inversement, la maltraitance que nous infligeons à nos écosystèmes était l’expression d’une projection inconsciente sur la nature de nos souffrances psychiques (dépendances, angoisses, haines) ?

Cercle vicieux, notre perte de reliance avec le monde naturel nourrit notre névrose collective contemporaine et conduit à toujours plus de détérioration de nos écosystèmes et de nos psychismes. Rétablir une spirale vertueuse passe par un chemin de retrouvailles avec la Nature et d’ouverture à son effet miroir. En ce sens, trier consciemment ses déchets peut devenir le reflet en miroir du tri en miroir de nos déchets intérieurs.

La guérison, la nôtre et celle de la Terre, passe par nos retrouvailles.

Eco-leadership

Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve
Friedrich HÖLDERLIN

La nature est le meilleur des coaches.
Andres ROBERTS

La paternité de l’expression Bio-leadership revient à Andres ROBERTS (2016), consultant organisationnel et facilitateur de quêtes de vision dans la nature sauvage. L’intention du Bio-leadership est d’accompagner la transition du paradigme épuisé de maximisation du profit à court terme et de compétitivité, vers le paradigme émergeant d’optimisation des ressources à long terme  et de coopération. 
www.bio-leadership.org
https://andresroberts.com

Cette approche, une attitude plus qu’un programme, part du constat que lorsque nous sommes mieux reliés à la grande nature,  nous sommes aussi plus reliés  à notre imaginaire et notre part sauvage. Elle s’adresse aux responsables d’entreprise et leurs équipes, désireux d’inscrire leurs objectifs et leurs pratiques dans le cadre plus large de la réhabilitation de la Nature, et leur propose de les accompagner dans leur formulation de propositions d’interventions qui soient mieux ancrées dans les valeurs qu’appelle notre monde en transition.  

Soudain certaines choses donnent la vie et d’autres donnent la mort. C’est ainsi que se produit le changement de la pensée financière axée sur les résultats, à travers les symptômes. Il se produit à travers le poison.
James HILLMAN

On a besoin de cela. De faire travailler notre imaginaire, de ressentir les choses et pas seulement de les réfléchir. On a besoin d’être au contact de la beauté, de choses qui nous inspirent.
Cyril DION

Le Bio-leadership s’appuie tant sur la puissance ressourçante de la Nature que sur les modèles les plus récents de transformation radicale, tels la Theory U :  Leading from the Future as it Emerges (Otto Scharmer, MIT).

Coup de gueule…

Je dédie ce post à mes enfants et à tous les enfants de la terre. Puissent-ils avoir la clairvoyance et le courage que nous n’avons pas eus (et je ne leur demande pas de nous pardonner).
Fred VARGAS, Archéologue et écrivaine

Nous y voilà, nous y sommes. Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l’incurie de l’humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l’homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu’elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d’insouciance. Nous avons chanté, dansé. Quand je dis « nous », entendons un quart de l’humanité tandis que le reste était à la peine.

Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l’eau, nos fumées dans l’air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu’on s’est bien amusés.

On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l’atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s’est marrés.

Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu’il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.

Certes. Mais nous y sommes. À la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu’on ne l’a pas choisie.

« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. Oui. On n’a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.

C’est la mère Nature qui l’a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies. La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d’uranium, d’air, d’eau.

Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l’exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d’ailleurs peu portées sur la danse). Sauvez-moi, ou crevez avec moi. Évidemment, dit comme ça, on comprend qu’on n’a pas le choix, on s’exécute illico et, même, si on a le temps, on s’excuse, affolés et honteux. D’aucuns, un brin rêveurs, tentent d’obtenir un délai, de s’amuser encore avec la croissance. Peine perdue.

Il y a du boulot, plus que l’humanité n’en eut jamais. Nettoyer le ciel, laver l’eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l’avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, (attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille) récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n’en a plus, on a tout pris dans les mines, on s’est quand même bien marrés)

S’efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l’Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d’échappatoire, allons-y. Encore qu’il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l’ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante.

Qui n’empêche en rien de danser le soir venu, ce n’est pas incompatible. À condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l’homme, sa plus aboutie peut-être.

À ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. À ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas (2018)