Le désenchantement du monde

À mesure que la connaissance scientifique progressait, le monde s’est déshumanisé. L’homme se sent isolé dans le cosmos, car il n’est plus engagé dans la nature et a perdu sa participation affective inconsciente avec ses phénomènes. Et les phénomènes naturels ont lentement perdu leurs implications symboliques. Le tonnerre n’est plus la voix irritée d’un dieu, ni l’éclair son projectile vengeur. La rivière n’abrite plus d’esprits, l’arbre n’est plus le principe de vie d’un homme, et les cavernes ne sont plus habitées par des démons.

Les pierres, les plantes, les animaux ne parlent plus à l’homme, et l’homme ne s’adresse plus à eux en croyant qu’ils peuvent l’entendre. Son contact avec la nature a été rompu, et avec lui a disparu l’énergie affective profonde qu’engendraient ces relations symboliques… Notre vie présente est dominée par la déesse Raison qui est notre illusion la plus grande et la plus tragique.

CG JUNG

Anthropocentrisme et Hubris

Notre civilisation souffre de démesure, d’illusion de toute-puissance. L’homme se croit le centre du monde. Cette démesure est ce que l’antiquité grecque appelait l’hubris, l’orgueil insolant des mortels, qui appelait une punition de la part des dieux immortels.

Cette illusion de toute-puissance est née des outrances unilatérales  de la pensée dite « moderne » au 17°s. (Descartes, Galilée, Newton) qui a consacré la suprématie du rationalisme sur la sensibilité, et de la physique sur la métaphysique.

Cette pensée a conduit au 19°s à la disqualification d’une rationalité sensible et au dessèchement de l’âme. Le cerveau gauche (pensée et analyse) a disqualifié le cerveau droit (intuition et sensibilité).C’est tout notre rapport au sacré, aux mythes et aux images qui a été disqualifié.

L’homme mutilé

Les manifestations de ce dessèchement au 21°s sont multiples : réduction de l’homme à une machine ou une puce (trans-humanisme) ; prévalence de l’« intelligence » artificielle (superficielle ?) sur le « bon sens » et l’intelligence intuitive et sensible ; rejet du sacré et des rituels ; montées des peurs, des violences et des décompensations psychiques ; estompement de l’éthique et distorsions cognitives.

La planète mutilée

Le prix de cet hubris est l’hyperconsumérisme, l’exploitation intensive de la terre et de l’humain,  et le burnout de l’une de de l’autre. Nous consommons plus que ce que la planète peut produire, épuisons ses ressources, l’étouffons de nos déchets et déséquilibrons les écosystèmes (forêts, océans, climat). S’ensuivent les cataclysmes, l’extinction des espèces, les contaminations du monde animal (zoonoses),  et les migrations incontrôlables.

L’homme en détresse

Les souffrances de la postmodernité sont multiples :

  • Un sentiment de détresse, durable ou transitoire affecte les individus ayant pris conscience de la détérioration de notre biosphère et de l’absence d’alternatives (il n’y a pas de planète B). C’est la « solastalgie », la nostalgie mélancolique qu’un individu ressent en perdant le foyer aimé. Ses manifestations sont diverses, telles l’hésitation à fonder une famille, etc.
  • Un effet miroir entre la planète et ses habitants. Nos pathologies psychosomatiques (troubles respiratoires, digestifs, immunitaires, dégénératifs, du sommeil) reflètent et expriment les étouffements de la vie naturelle (pollution, urbanisation galopante, industrialisation à outrance, etc)

Un cercle vicieux s’installe. Notre perte de reliance avec le monde naturel nourrit notre névrose collective contemporaine et conduit à toujours plus de détérioration de nos écosystèmes et de nos psychismes.

Chemins de guérison

Si nous avions conscience de l’esprit de notre temps et davantage de sentiment historique, nous reconnaîtrions que c’est en raison des recours abusifs adressés dans le passé à l’esprit que nous donnons la préférence aux explications puisées dans l’ordre physique. Cette prise de conscience exercerait notre esprit critique. Nous nous dirions : il est probable que commettons maintenant l’erreur inverse, qui est au fond la même.

CG JUNG

Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve.
Friedrich HÖLDERLIN

Vers un monde rééenchanté